Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), anciennement appelé Codevi, traverse une période de baisse de rémunération. Après deux années stables à 3%, son taux a chuté à 2,40% le 1er février 2025, puis à 1,70% depuis le 1er août. Je vous explique comment fonctionne ce placement réglementé et s’il mérite encore une place dans votre stratégie d’épargne.
Sommaire
ToggleLes points essentiels du LDDS
Le taux de rémunération du LDDS s’établit à 1,70% net depuis le 1er août 2025, contre 2,40% entre février et juillet. Cette double baisse marque un tournant après la stabilité à 3% observée de février 2023 à janvier 2025.
Le plafond de dépôts reste fixé à 12.000 euros (hors intérêts capitalisés), inchangé depuis octobre 2012.
Le LDDS compte 26 millions de titulaires fin 2023 pour un encours total de 163,3 milliards d’euros à fin mai 2025. Ce placement réglementé fait partie des piliers de l’épargne française aux côtés du Livret A.
Les intérêts générés sont totalement exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, un avantage fiscal qui compense partiellement la baisse de rendement.
Qu’est-ce que le LDDS ?
Un livret d’épargne réglementé
Le LDDS constitue un livret d’épargne rémunéré sans frais de gestion ni frais sur versements. Son fonctionnement est entièrement gratuit. Il appartient à la famille des livrets réglementés, dont le taux est fixé par l’État indépendamment des conditions de marché et des politiques commerciales bancaires.
Le cadre juridique du LDDS repose sur plusieurs textes :
Article L221-27 du Code monétaire et financier (dispositions législatives)
Articles D221-103 à D221-107 du Code monétaire et financier (dispositions réglementaires)
Arrêté du 27 janvier 2021 fixant les taux d’intérêt des produits d’épargne réglementée
Article 157 (9° quater) du Code général des impôts (exonération fiscale)
Une épargne totalement disponible
Le fonctionnement du LDDS ressemble fortement à celui du Livret A. L’argent déposé n’est jamais bloqué : vous pouvez effectuer des retraits à tout moment, sans préavis ni pénalité. Les versements et retraits sont libres et sans frais.
Le découvert est impossible sur ce type de compte, le solde devant rester systématiquement créditeur. Cette contrainte garantit que votre capital ne peut jamais être négatif.
Le LDDS se positionne comme une épargne de précaution : faible rentabilité mais capital garanti (aucune perte n’est possible) et disponibilité immédiate. Il peut servir à financer des imprévus comme le remplacement d’une chaudière, l’achat d’un électroménager ou une réparation automobile.
Le montant minimum requis
Pour ouvrir ou conserver un LDDS, vous devez généralement y laisser un montant minimum de 10 ou 15 euros selon les établissements. Cette somme varie d’une banque à l’autre, aucun minimum n’étant imposé par la réglementation.
Le LDDS est disponible dans :
Presque tous les réseaux bancaires traditionnels (Caisse d’Épargne, Crédit Mutuel, Société Générale, BNP Paribas, Crédit Agricole, Bred)
La plupart des banques en ligne (BoursoBank, BforBank, Fortuneo, Monabanq, Hello Bank)
De nombreuses banques réservent l’ouverture d’un LDDS à leurs clients exclusifs. Si vous n’êtes pas client, l’ouverture d’un compte courant préalable peut être exigée.
L’histoire du LDDS : du Codevi au livret solidaire
La création du Codevi en 1983
Le LDDS trouve son origine dans le compte pour le développement industriel (Codevi), créé en 1983. L’objectif était de rassembler des fonds pour financer les petites et moyennes entreprises et diversifier l’offre d’épargne aux côtés du Livret A.
À l’époque, le Livret A était distribué exclusivement par les Caisses d’Épargne et La Poste. Le Codevi pouvait donc être proposé par les banques de réseau traditionnelles comme la BNP ou la Société Générale.
La transformation en LDD en 2007
En octobre 2006, le gouvernement de Dominique de Villepin décide d’augmenter le plafond de 4.600 à 6.000 euros et étend l’utilisation des fonds au financement des équipements d’économies d’énergie et d’énergies renouvelables destinés aux particuliers.
Cette évolution aboutit à la transformation du Codevi en LDD (Livret de développement durable). Le changement entre en vigueur le 1er janvier 2007.
Le passage au LDDS en 2017
Le LDD devient LDDS le 1er janvier 2017 dans le cadre de la loi Sapin 2. L’objectif : orienter une partie des dépôts vers l’économie sociale et solidaire (ESS).
L’article 80 de cette loi modifie l’appellation et autorise les titulaires à affecter sans frais une partie de leur épargne à des organismes relevant de l’ESS. Cette mesure devient réellement applicable le 1er octobre 2020 après publication du décret d’application du 4 décembre 2019.
Le mécanisme de dons solidaires
Un dispositif facultatif
Le LDDS permet à son titulaire de donner de l’argent à un ou plusieurs organismes de l’économie sociale et solidaire (associations, fondations), par l’intermédiaire de sa banque.
Vous pouvez effectuer des dons chaque année selon trois modalités :
Une part du capital disponible
Tout ou partie des intérêts générés
Les deux simultanément (capital et intérêts)
Ce don n’est pas obligatoire. La loi impose seulement aux banques de proposer chaque année à leurs clients cette possibilité d’affectation solidaire.
Comment effectuer un don ?
Les banques proposent une liste d’au moins 10 entreprises ou organismes de l’ESS parmi lesquels vous pouvez choisir. Le don s’effectue par simple virement, généralement directement en ligne ou via un formulaire dédié.
Exemples d’organismes proposés :
Chez BoursoBank : Action contre la faim, Apprentis d’Auteuil, Croix-Rouge Française, Emmaüs, Fondation ARC, Les Restos du Cœur, Unicef
Chez Fortuneo : MSF, Médecins du monde, Secours populaire français, Banques Alimentaires, Fondation Abbé Pierre, Institut Pasteur, SNSM
Au Crédit Agricole, la liste varie selon la caisse régionale.
Le montant minimum est généralement fixé à 10 euros par organisme. Veillez à conserver un solde d’au moins 10 euros après prélèvement.
Ces dons ouvrent droit à la réduction d’impôt pour dons aux associations, égale à 66% ou 75% des sommes versées selon l’organisme bénéficiaire.
Le plafond du LDDS
12.000 euros de dépôts maximum
Le plafond du LDDS s’élève à 12.000 euros (hors capitalisation des intérêts) depuis le 1er octobre 2012, contre 6.000 euros auparavant. Cette limite reste inchangée en 2025 et devrait le rester en 2026.
Vous pouvez atteindre ce plafond en un seul versement ou progressivement sur plusieurs années. Le montant est identique dans tous les établissements, que vous soyez à la Caisse d’Épargne, au Crédit Agricole, à la Banque Postale, à la BNP ou au CIC.
Le dépassement par capitalisation
L’épargne totale sur votre LDDS peut dépasser le plafond grâce à l’accumulation des intérêts (capitalisation). Il n’existe aucune limite tant que le compte n’est pas clôturé.
Le montant maximum (versements + intérêts accumulés) peut donc largement excéder 12.000 euros. D’ailleurs, 28% des titulaires d’un LDDS étaient dans cette situation fin 2023, selon la Banque de France.
Certaines banques comme le Crédit Mutuel permettent même d’effectuer des versements au-delà du plafond réglementaire via des parties complémentaires (Duplex, Triplex). Mais les intérêts correspondants sont alors fixés librement par la banque et imposables comme un compte sur livret bancaire classique.
L’évolution du taux de rémunération
La baisse progressive de 2025
Le taux du LDDS a connu deux baisses successives en 2025 :
1er février 2025 : passage de 3% à 2,40%
1er août 2025 : nouvelle baisse à 1,70%
Cette diminution fait suite à deux années de stabilité à 3% entre février 2023 et janvier 2025. Le ministre de l’Économie Éric Lombard a annoncé la seconde baisse le 16 juillet 2025, officialisée par arrêté ministériel du 23 juillet.
L’alignement sur le Livret A
Le taux du LDDS est systématiquement identique à celui du Livret A depuis 2003, conformément à l’arrêté ministériel du 27 janvier 2021. Toute évolution du Livret A entraîne mécaniquement la même modification sur le LDDS.
Le taux moyen annuel du LDDS atteint :
2,16% (prévision 2025)
3% en 2024
2,92% en 2023
1,38% en 2022
La comparaison avec l’inflation
Le taux redevient supérieur à l’inflation depuis 2024, celle-ci étant attendue à 1% en 2025 selon la Banque de France (après 2,4% en 2024 et 5,7% en 2023).
En période de forte inflation comme en 2023, l’épargne sur LDDS fait perdre du pouvoir d’achat. Ce n’est plus le cas depuis 2024 grâce au ralentissement de la hausse des prix.
Le LDDS s’est même temporairement révélé plus attractif en 2024 que les fonds en euros de nombreux contrats d’assurance vie, qui ont rapporté en moyenne 2,60% (avant prélèvements sociaux et fiscaux).
Combien rapporte un LDDS ?
Les gains prévisionnels 2025
Le rendement varie selon les sommes déposées et les périodes d’application des différents taux. Un LDDS plein (au moins 12.000 euros) rapporte naturellement plus qu’un compte partiellement alimenté.
Gains prévisionnels 2025 avec un taux annuel moyen de 2,16% :
259 euros sur la base d’un solde de 12.000 euros au 1er janvier
107,92 euros sur la base d’un solde de 5.000 euros au 1er janvier
Gains constatés 2024 avec un taux de 3% :
360 euros pour un encours de 12.000 euros
150 euros pour un encours de 5.000 euros
Le calcul par quinzaine
Les intérêts du LDDS sont calculés par quinzaine. Ce mécanisme fonctionne ainsi :
Un dépôt entre le 1er et le 15 du mois produit des intérêts à partir du 16
Un retrait entre le 1er et le 15 cesse de produire des intérêts dès le dernier jour du mois précédent
Cette règle de calcul par quinzaine est identique à celle du Livret A et impacte directement le rendement réel de votre épargne selon la date de vos opérations.
Les conditions d’ouverture
Être majeur et résident fiscal
L’accès au LDDS est plus restrictif que celui du Livret A :
Vous devez avoir plus de 18 ans (contre dès la naissance pour le Livret A)
Vous devez avoir votre domicile fiscal en France
Un majeur rattaché au foyer fiscal de ses parents ne peut pas ouvrir de LDDS. Les non-résidents fiscaux en sont également exclus.
Le solde minimum
Le dépôt initial est fixé à 10 ou 15 euros selon les établissements, aucun minimum n’étant imposé par la loi. Les versements suivants sont libres, mais le solde ne peut jamais descendre sous ce minimum contractuel.
Un seul LDDS par personne
Le LDDS faisant partie des comptes d’épargne réglementée, il est interdit de détenir deux LDDS, même dans des banques différentes. Chaque personne ne peut être titulaire que d’un seul compte.
En revanche, chaque époux ou partenaire de Pacs appartenant au même foyer fiscal peut ouvrir le sien. Un couple peut donc détenir deux LDDS, soit un potentiel d’épargne de 24.000 euros au total.
Si vous vous installez à l’étranger, vous devez fermer votre LDDS, comme pour le Livret Jeune ou le LEP.
L’avantage fiscal du LDDS
Une exonération totale
Les intérêts perçus sur le LDDS bénéficient d’une exonération fiscale complète :
Aucun impôt sur le revenu
Aucun prélèvement social (CSG, CRDS)
Cette fiscalité dérogatoire s’applique à tous les livrets réglementés (sauf le CEL ouvert depuis 2018). Les intérêts du LDDS échappent donc au prélèvement forfaitaire unique (PFU ou flat tax) de 30% qui frappe les revenus du capital.
Cette exonération constitue un avantage substantiel qui compense partiellement la baisse du taux de rémunération.
Clôturer ou transférer son LDDS
La fermeture du compte
Le LDDS est ouvert pour une durée indéterminée, sans échéance fixe. Vous pouvez néanmoins le clôturer à tout moment, sans préavis, par courrier ou directement en agence.
Le transfert d’un LDDS d’une banque à l’autre n’est pas possible. En pratique, vous devez clôturer votre compte dans l’ancienne banque avant d’en ouvrir un nouveau dans votre nouvel établissement.
Les comptes inactifs
En l’absence de mouvement, le LDDS fait l’objet d’un transfert à la Caisse des Dépôts après un certain délai, conformément à la loi Eckert sur les comptes bancaires inactifs :
Après 3 ans d’inactivité en cas de décès du titulaire
Après 10 ans d’inactivité si le titulaire est vivant
Pour éviter cette situation (notamment avec un LDDS plein), effectuez un retrait symbolique de 10 euros régulièrement, par exemple une année sur deux.
Les sommes consignées peuvent être restituées sur demande au titulaire ou à ses ayants droit. En 2023, on comptabilise 15.479 LDDS transférés à la CDC et 3.961 comptes restitués.
Après 30 ans sans activité, le compte est transféré définitivement à l’État (prescription trentenaire).
Tableau récapitulatif du LDDS 2025
|
Caractéristique |
Valeur |
|
Taux au 1er août 2025 |
1,70% net |
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Taux février-juillet 2025 |
2,40% net |
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Taux moyen 2025 |
2,16% net |
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Plafond de dépôts |
12.000 € (hors intérêts) |
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Âge minimum |
18 ans (majeur) |
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Dépôt initial |
10 ou 15 € selon banque |
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Nombre de comptes autorisés |
1 par personne |
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Fiscalité |
Exonération totale |
|
Disponibilité |
Immédiate |
|
Frais |
Aucun |
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Calcul des intérêts |
Par quinzaine |
|
Nombre de titulaires |
26 millions (fin 2023) |
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Encours total |
163,3 milliards € (mai 2025) |
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Gain LDDS plein 2025 |
259 € (prévision) |
|
Gain LDDS plein 2024 |
360 € |
Le LDDS traverse une période de baisse de rendement qui le rend moins attractif qu’en 2023-2024. Avec un taux ramené à 1,70% depuis août 2025, il reste néanmoins supérieur à l’inflation prévue (1%) et conserve son atout majeur : l’exonération fiscale totale. Ce placement garde sa pertinence comme épargne de précaution pour constituer un fonds d’urgence disponible immédiatement. Pour une épargne de long terme destinée à fructifier, d’autres solutions comme l’assurance vie ou les placements en actions via un PEA s’avèrent plus performantes. Le LDDS se positionne désormais comme un complément au Livret A, les deux produits offrant strictement les mêmes caractéristiques. Si vous avez déjà maximisé votre Livret A (23.000 euros), remplir votre LDDS jusqu’à 12.000 euros reste une option raisonnable pour sécuriser jusqu’à 35.000 euros d’épargne de précaution totalement défiscalisée au sein de votre couple.
